

Chaque 3 novembre, les chasseurs fêtent saint Hubert. Derrière le cerf à la croix lumineuse se cache l’histoire bien réelle d’un évêque du VIIIe siècle, et une légende devenue, au fil des siècles, une véritable leçon d’éthique pour tous ceux qui parcourent nos forêts.
Dans les églises, les sons de trompe résonnent, les chiens et les équipages reçoivent la bénédiction, et l’on se retrouve ensuite autour d’une table de gibier. La Saint-Hubert reste l’un des rendez-vous les plus forts de l’année cynégétique. Mais connaissez-vous vraiment celui que l’on fête ? Entre histoire et légende, retour sur le patron des chasseurs.
La tradition fait naître Hubert vers 656 dans une famille noble, souvent dite d’Aquitaine. Jeune seigneur franc, il vit au rythme de la cour et se passionne pour la chasse, au point, dit-on, d’en faire une obsession. La légende lui prête une épouse, Floribanne, morte en couches, et raconte qu’il se serait alors réfugié plus encore dans les forêts profondes des Ardennes.
Un Vendredi saint, alors que les fidèles sont à l’office, Hubert préfère la forêt. Ses chiens lancent un cerf dix-cors « le plus grand que jamais veneur ait forcé ». L’animal ne ruse pas, ne se fatigue pas, puis finit par faire face. Chiens et chevaux s’arrêtent net. Entre ses bois resplendit une croix lumineuse.
Une voix s’élève : « Hubert, jusqu’à quand poursuivras-tu les bêtes des forêts ? Jusqu’à quand la passion de la chasse te fera-t-elle oublier ton salut ? » Puis elle l’envoie à Maastricht, auprès de l’évêque Lambert. Hubert met pied à terre, s’agenouille, et change de vie.
Les veneurs, eux, ont toujours gardé le sourire sur ce point. Comme le rapporte joliment l’historien Louis Huyghebaert en 1927, « qui a chassé chassera toujours » : la tradition veut qu’Hubert ait renoncé au cerf, sans délaisser tout à fait le loup ni le sanglier. Un point fait l’unanimité : plus jamais il ne déserta l’office un jour de fête.
Le saviez-vous ? Le cerf à la croix n’appartenait pas d’abord à Hubert. Cette vision est attribuée depuis l’Antiquité à saint Eustache, officier romain du IIe siècle. Pendant près de sept cents ans, on a vénéré Hubert sans lui prêter ce miracle, qui ne lui est rattaché qu’au XVe siècle.
Huyghebaert avance une raison très concrète à ce glissement. Eustache était romain et fêté le 20 septembre, quand les récoltes ne sont pas rentrées et que les feuilles tiennent encore. Hubert, lui, était « de chez nous », et sa fête tombe le 3 novembre : récoltes engrangées, bétail à l’étable, forêt dénudée. Une date idéale pour la chasse.
Si la légende est tardive, l’homme, lui, est bien réel. Disciple de saint Lambert, Hubert lui succède comme évêque de Maastricht, puis établit le siège à Liège, dont il est considéré comme le fondateur. Il évangélise le Brabant et les Ardennes, terres où l’on vénérait encore Diane, déesse de la chasse. Il est connu pour son attention aux pauvres et sa piété.
Il meurt en 727 à Tervuren, près de Bruxelles. Son corps est ensuite transféré à l’abbaye d’Andage, au cœur des Ardennes, qui prendra son nom : c’est l’actuelle ville de Saint-Hubert, en Belgique.
Très tôt, les seigneurs des Ardennes offrent à l’abbaye les prémices de leur chasse. À la fin du XIe siècle, un chroniqueur y voit arriver le duc Frédéric de Basse-Lorraine portant lui-même la hure d’un sanglier jusqu’à l’autel.
Au XVe siècle, les confréries de chasseurs se multiplient et choisissent Hubert comme patron. En 1444, le duc Gérard de Clèves et de Gueldre fonde l’ordre de Saint-Hubert après une victoire remportée un 3 novembre. Peintres et graveurs s’emparent alors de la scène du cerf, et la popularité du saint devient immense.
On l’invoque aussi contre la rage, maladie tant redoutée avant Pasteur. L’abbaye de Saint-Hubert pratiquait la « taille », un rite associé à un fil tiré de son étole. Ses moines sont aussi à l’origine du chien de Saint-Hubert, ancêtre du bloodhound, dont le sang coule encore dans bien des chiens de chasse.
Treize siècles plus tard, la fête a gardé ses grands rites, en France comme en Belgique.
Croyant ou non, chaque chasseur peut entendre la question posée à Hubert. Elle ne condamne pas la chasse : elle condamne la chasse sans mesure, celle qui fait oublier l’essentiel.
De la forêt de Chaux aux plateaux du Haut-Jura, ce message garde tout son sens. Il parle de respect de l’animal, de prélèvement raisonné, de sécurité et de partage de l’espace avec les autres usagers de la nature. C’est l’esprit dans lequel les chasseurs jurassiens gèrent la faune, entretiennent les milieux et transmettent leur passion aux plus jeunes.
Alors, ce 3 novembre, que vous soyez à la messe, au rendez-vous de chasse ou simplement en forêt, ayez une pensée pour le vieil évêque des Ardennes. Et chassez comme il l’aurait voulu : avec passion, mais toujours avec respect.
Bonne Saint-Hubert à toutes et à tous !